Le réveil dans le passage de Drake est quelque peu mouvementé. Même si Shane nous a annoncé que le temps est très clément, qu’il n’y a pas de tempête à l’horizon et que les vagues de 5 mètres de haut sont tout à fait normales, le bateau tangue sérieusement. En ouvrant les yeux, mon lit tangue de droite à gauche et je me rendormirais presque en suivant ce « doux » bercement. Je me lève tout de même tant bien que mal, essayant de me préparer rapidement. Dans la salle de bain, une forte vague me projette assez violemment contre le mur de la douche. Cela aurait put m’assommer, mais je rigole toute seule. Enfiler son pantalon n’est pas non plus une mince affaire, mais je réussis enfin et sors dans le couloir. Je tangue de droite à gauche, comme si j’étais un peu saoule. J’arrive tout de même à atteindre la salle à manger, qui est vide ce matin-là. Il semblerait que le mal de mer en ai touché plus d’un. Maladroite comme je suis, je parviens tout de même à apporter mon verre de jus d’orange à table sans le renverser et je débute tranquillement mon repas. Mais soudain, sans prévenir, ayant à peine avalé trois bouchées, la nausée me vient et je dois retourner en courant dans ma chambre. Je suppose que j’ai été trop bravache et que j’ai un peu trop remué dans tous les sens ce matin-là… Un vomissement plus tard et je suis de nouveau d’attaque. Étrange réaction, surtout que cela ne m’arrivera plus du tout tout au long du voyage.

Oiseaux dans le Passage de Drake

La journée se passe tranquillement au rythme des conférences et des balades sur le pont. Le temps est gris et la mer s’étend devant nous à l’infini. Le froid est glacial, mais je mets en application quelques trucs et astuces appris durant le mini-cours de photographie, pour tenter de prendre en photos les nombreux oiseaux qui suivent le bateau. Le temps est calme, le tangage est sous contrôle, mais il faut bien penser à se tenir aux murs en se déplaçant. Parfois, des vagues plus fortes secouent violemment le bateau et lors d’une conférence, certains pauvres passagers assis dans des fauteuils non-fixes furent carrément projeter hors de leurs sièges et au sol. Les canapés fixes semblent être un choix bien plus raisonnable…

Oiseaux dans le Passage de DrakeOiseaux dans le Passage de DrakeDans la soirée, nous traversons le Front Polaire. La mer se fait plus calme et la traversée bien plus tranquille. Le bateau file à vive allure et l’on nous annonce que notre traversée ne durera finalement qu’un jour et demi au lieu de deux. Demain, si le temps le permet, nous serons en Antarctique et nous pourrons descendre! Je suis toute excitée! Nous allons avoir un jour de plus que prévu en Antarctique! Wahou!

Au matin, l’atmosphère est glaciale. Nous sommes toujours en mer, mais une fine couche de neige s’est déposée sur le bateau. C’est bon signe, nous approchons. Après quelques conférences, en fin de matinée, nous apercevons au loin, très loin la terre. La terre… ce sont plutôt des gros blocs blancs qui pourraient aussi bien être des Icebergs ou des îles. Quelle joie l’on ressent à voir les premiers signes d’un continent après deux nuits en mer sans rien voir que le bleu à l’infini. On comprend ce que ressentent les explorateurs des mers et les marins. Nous approchons peu à peu et je reste fascinée sur le pont. L’Antarctique… Je réalise enfin où je suis et l’aventure qui m’attend.

Nous essayons nos nouvelles bottes polaires, passons par un strict processus de bio-sécurité, consistant à passer à l’aspirateur sacs à dos et couches externes de vêtements. Le but est de supprimer toutes traces de graines, herbes ou autres pour tenter de ne pas emmener d’éléments étrangers sur le continent vierge et préservé. Chaque fois que nous descendrons, nous nettoierons également nos bottes et les désinfecteront. Shane nous annonce que nous allons pouvoir descendre et mettre le premier pied en Antarctique. Nous sommes à l’île Barrientos, qui fait parti de l’archipel Aitcho. Complètement excitée, je cours à ma cabine,  m’arnache dans ma tenue polaire et je cours faire la queue. Je veux être parmi les premiers à descendre. Comme nous sommes plus de 100, la seconde moitié des passagers commencera par un tour en zodiac.

Paysages d'AntarctiquePaysages d'AntarctiqueDepuis le hublot de ma cabine et le zodiac qui nous emmène à terre, j’aperçois pour la première fois l’Antarctique. Le spectacle est incroyable et les paysages à couper le souffle. Le ciel est bleu par endroit, noir en d’autres et les nuages prennent des formes spectaculaires. La terre est parsemée de petite collines et montagnes blanches, faites de glace et de neige, laissant tout de même voir quelques plages de rochers noirs. C’est l’été et le continent blanc, n’est pas tout blanc. C’est un vrai continent qui n’est pas seulement fait de glace. Nous mettons le pied sur la plage noire et les premiers manchots nous accueillent. Il y a là deux sortes de manchots, les manchots papous et les manchots à jugulaires. Un peu plus haut sur une colline, il y a plusieurs colonies de manchots, qui sont en train de couver les œufs. Les manchots vont à leurs affaires et se préoccupent bien peu des drôles de pingouins jaunes qui ont soudainement débarqué autour d’eux et les observent et les photographies sous tous les angles. Ils vont dans l’eau pour pêcher, retournent auprès de leurs compagnes, couvent, crient très fort, se dandinent, volent des pierres pour leurs nids aux voisins et font leurs petites vies. Il n’y a rien de moins élégant qu’un manchot sur terre. Marcher sur la terre, la neige et la glace semble être bien compliqué et ils tombent régulièrement. Mais persistants, ils se relèvent à chaque fois et couvrent des distances impressionnantes, souvent en montée. Ces animaux sont drôles et fascinants et je pourrais les observer ainsi dans leur environnement naturel pendant des heures et des heures. La couche de guano verte et puante couvrant la majeure partie de la colonie n’est toutefois pas très plaisante!

Rencontre avec les manchots Rencontre avec les manchots Rencontre avec les manchotsRencontre avec les manchots

Rencontre avec les manchotsL’équipe a mis des drapeaux rouges un peu partout, pour indiquer où nous avons le droit d’aller ou pas, pour ne pas perturber les manchots ou tomber dans une crevasse. Nous devons également laisser 5 mètres de distance entre les manchots et nous. Les manchots ont la priorité et nous devons surtout ne pas les perturber. Si un manchot passe devant vous, il a la priorité et il faut le laisser passer. Si vous vous asseyez et qu’un manchot curieux s’approche de vous, ce n’est pas un problème, mais surtout il ne faut pas l’approchez par soi-même. Sur cette île, notre parcours est assez petit et je ne me sens pas à l’aise. Le paysage est magnifique, les manchots sont fascinants, mais j’ai l’impression de ne pas être à ma place avec la centaine de personnes autour de moi. Il y a trop de bruit, j’ai l’impression que certains, dans l’excitation, ne respectent pas les règles et s’approchent trop des animaux. Il n’est pas facile de trouver un endroit calme à part pour profiter de l’endroit. Ce premier avant-goût de l’Antarctique fût un peu trop rapide et un peu trop « tourisme de masse » à mon goût. Il est parfois difficile d’apprécier le spectacle en grand groupe, surtout avec certains qui se comportent comme des ours.

Premiers pas en Antarctique

Premiers pas en Antarctique

Miam un manchot!

Miam un manchot!

A la queue leu leu

Manchots papous

Manchots papous

Il est déjà temps de repartir et je ne sais alors pas trop quoi penser de cette première excursion. Nous montons à bord d’un zodiac et partons pour notre première mini-croisière. Le vent est glacial et je me retrouve à l’avant du bateau, me prenant régulièrement des vagues en plein visage. Mon équipement est à peu près étanche, mais mes gants de laine ne suffisent pas et je perds peu à peu l’usage de mes mains. Pourtant, la croisière est sympathique et être en petit groupe de huit permet de beaucoup plus apprécier les environs.

Manchot papou

Manchot jaune

Manchot jaune

Priorité aux pingouins

Priorité aux manchots

Le ciel et la mer sont d’un bleu profonds et nous apercevons de drôles de formation dans les falaises, faisant penser aux statues de l’Ile de Pâques. Au loin, nous voyons nos premières baleines qui plongent à la recherche de nourriture. Notre heure de croisière est déjà terminée et frigorifiés, nous rentrons sur le bateau. Il me faudra quelques temps pour récupérer l’usage de mes mains. Si le temps reste comme cela, je vais finir en glaçon à la fin de la croisière. Je n’ai donc pas le choix et je dois acheter de nouveaux gants à la boutique du bateau!

Croisière en zodiac Croisière en zodiacCette première sortie fût magnifique: les paysages, l’immensité, les animaux, les couleurs, la forme des nuages. J’en reste rêveuse… J’espère alors toutefois que les prochaines sorties offriront plus d’espace et plus de liberté pour m’éloigner des autres passagers.

Paysages de l'Antarctique Paysages de l'Antarctique

En fin d’après-midi, le bateau s’éloigne lentement des îles et nous continuons vers le sud en direction de la Péninsule Antarctique pour de nouvelles aventures et rencontres.

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