J’ouvrais lentement les yeux pour m’assurer que cela n’avait pas disparu. Des larmes coulaient en abondance sur mon visage, tout était flou, mais je pouvais encore le voir. La voir. Elle était encore bien là et je pouvais presque la toucher. Aussi grandiose et monumentale qu’elle avait toujours été. Le bleu azur scintillant et lisse du lac, le bleu brillant et abyssal du ciel et le vert sombre profond des montagnes habillées de pins. L’air était frais, le silence m’enveloppait de ses douces mains de velours et je ressentais les souvenirs des siècles passés.

Lucie en Patagonie

J’ai voyagé dans le monde entier au cours de ces trois dernières années, mais je ne suis jamais tombée ainsi amoureuse d’une région du monde, comme je l’ai fait avec la Patagonie. Je n’ai jamais pleuré des larmes de désespoir en quittant un lieu. J’ai toujours été détachée et indifférente, faisant mes adieux en spectatrice. La Patagonie était différente, la Patagonie est unique. Je n’aurais jamais pu être une simple observatrice. Dès le premier jour, dès la première seconde, j’étais déjà touchée. Je faisais partie d’un tout, la Patagonie était moi et j’étais la Patagonie. Alors que mes larmes coulaient sur la plage, dessinant des tâches sombres sur les galets blancs, alors que mes larmes se mélangeaient lentement à l’eau du lac, je réalisais que je laissais un petit morceau de moi pour toujours en Patagonie. De la même manière, je prenais un petit bout de Patagonie avec moi. Je fermais à nouveau les yeux, essayant de photographier le paysage pour mes souvenirs, espérant ne jamais oublier. Tentant de me concentrer sur les couleurs, les odeurs, les formes et sur le son du silence, les lignes se fondaient en de nouvelles images, les souvenirs de la Patagonie que j’avais eu la chance de connaître, de ressentir, de vivre, de sentir vibrer… la vraie Patagonie, ma propre Patagonie.

Un clignement d’œil. Je nage dans les eaux glacées du Détroit de Magellan en bikini, sentant le soleil sur ma peau et des milliers d’épingles glaciales transpercer ma peau, mes pieds s’enfonçant dans la boue. Une larme. Je suis sur le bord de la route, seule. La froide étreinte du vent atteint juqu’au cœur de mes os et essaye de dérober mon panneau en carton. Le pouce levé, le sac à dos reposant sur le sol, je souris à la route et à l’horizon. Encore mille kilomètres à parcourir, très peu de voitures passent, mais je suis déterminée, je suis heureuse, je suis juste là, dans le moment présent. Un clin d’œil. Des galets blanc, le blanc du sable, un soleil blanc, l’horizon blanc, la chaleur blanche et rien de plus. La dureté de la route, la mélancolie d’un pays et mes pieds marchant sur un chemin sans fin. Deux clignements d’yeux. Baleines, guanacos, manchots, chiens sauvages, tatous, mouches, phoques et un sentiment de conscience globale. Des larmes, tant de larmes. Des visages souriants, des taciturnes, des hâlés, de ceux qui portent avec eux 1000 ans d’histoire, des accueillants et des yeux lucides. Un clignement, une larme. Jaune, bleu, rouge, blanc, noir, jaune, vert, bleu, jaune, bleu, bleu, jaune. Des larmes, encore tant de larmes. Des couchers de soleil, l’un après l’autre, des levers de soleil et un paysage en constante évolution à travers les kilomètres et les saisons, malgré la monotonie, pierre après pierre, couleur après couleur, le ciel et le sol se rejoignant dans un horizon d’infini.

Une dernière larme et je souris. La Patagonie est moi. Je suis la Patagonie. Maintenant et pour toujours.


Ce texte a été initialement publié sur Medium en Anglais sous le titre « I am Patagonia ». Texte original, traduction et adaptation de Lucie Aidart.


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Je suis la Patagonie

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