Alors que j’écris ces quelques lignes, je suis dans le salon de mon papa dans une petite ville de la Charente-Maritime. Le Wifi fonctionne bien, je peux déguster de bons cafés, manger ce que je veux sans me soucier du gluten, de la viande ou du sucre, j’ai bien dormi dans le même lit depuis plusieurs soirs de suite et j’ai facilement récupéré de mon jetlag, je vais voir des amies dans les jours à venir, je travaille de manière efficace et je me déconnecterai ce soir pour aller faire un footing et regarder un film. C’est la première fois depuis des années que je suis heureuse d’être dans cette petite ville, proche de mon village d’enfance. Etre en France durant la campagne électorale, les élections, l’état d’urgence et tout le tralala ne me réjouit absolument pas, mais j’avais besoin d’un peu de stabilité et de repos, au moins pour quelques semaines.

Vie quotidienne sur le bateau à Komodo

J’ai hésité à écrire cet article depuis plusieurs semaines, me demandant comment il serait reçu. Je ne devrais pas, puisqu’après tout, je partage tout avec vous en toute honnêteté et authenticité, que ce soit le bon ou le mauvais. Je vous partage mes doutes, mes difficultés, mes erreurs, en quoi le voyage peut être difficile, mais aussi merveilleux. Et vous êtes toujours là pour me soutenir. Pourtant, quand j’ai commencé à parler de cela autour de moi, cela n’a pas toujours été bien reçu, que ce soit par des amis, des connaissances de voyage ou des lecteurs. Après tout, ma vie est soi-disant parfaite, je vis le rêve de tout le monde et je ne devrais pas me plaindre, n’est-ce pas? En fait, c’est un problème assez récurrent et pour beaucoup, je n’ai pas le droit de me plaindre, d’être fatiguée, d’avoir trop de travail, d’être déprimée ou triste, parce que, je suis libre et au paradis. Il n’y a rien qui m’énerve plus que cela, mais en même temps, c’est compréhensible. Si l’on n’a jamais vécu un long voyage, si l’on a jamais essayé d’allier voyage et travail sur la route, l’on peut difficilement comprendre en quoi c’est difficile, je le sais. Alors, je remercie ceux qui me soutiennent, me comprennent et m’ont prêté leurs oreilles ces derniers mois, vous savez qui vous êtes! 🙂

Le mythe du burn-out du voyage

Je comprends cette incompréhension, car moi-même, je ne croyais pas en ce mythe du burn-out du voyage. Lorsque je voyais les blogueurs américains, après des années de voyage, prendre une base et arrêter de voyager à plein temps, je riais doucement. Il y a eu Nomadic Matt et Adventurous Kate. Il y en a sans doute eu plein d’autres, que je n’ai pas suivi. Côté Français, nous ne sommes pas si nombreux sur les routes du monde en permanence, alors on apprend au fur et à mesure. Jusqu’à il y a quatre ou cinq mois, je pensais être super-woman, je pensais que je pourrais voyager pour toujours à ce rythme, sans me fatiguer et qu’il me suffirait de me reposer une semaine tous les trois mois pour continuer. Sauf qu’avec mon arrogance de voyageuse novice, j’avais tort. Et j’ai frisé le burn-out du voyage…

Anatomie d'un burn-out de voyage: travail, voyage et nomadisme. J'ai frisé le burn-out après trois ans et demi à voyager autour du monde

En chemin vers un burn-out du voyage

Si je réfléchis bien, je ne suis pas restée au même endroit plus de deux semaines depuis près d’un an, lorsque j’ai fait du housesitting à Bariloche en mai-juin dernier. Cela fait presque un an que je bouge constamment, de Couchsurfing en auberges de jeunesse, d’appartements en canapés, de sols d’aéroport en bus de nuit. Oui, je suis restée un mois et demi à Tokyo, mais jamais plus de deux semaines dans un même logement ou quartier. Oui, je suis restée un mois à Okinawa, mais jamais plus de 5 jours dans la même auberge de jeunesse ou la même ville… Ne vous méprenez pas, j’adore cela, mais il y a un moment où mon corps ne pouvait plus tenir.

Cela fait trois ans et demi que je suis nomade, que je voyage en permanence et combine voyage et travail, avec plus ou moins de succès, et avec un rythme plus ou moins équilibrée. J’en avais déjà parlé dans plusieurs bilans de voyage: j’ai du mal à trouvé mon équilibre, mais c’est tout à fait normal je pense.

Il y avait des symptômes depuis plusieurs mois, mais je ne les ai pas remarqués. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir, de me recentrer, trop occupée à planifier la prochaine étape, le prochain projet de travail, à vivre mon voyage, à travailler à 100 à l’heure, à rencontrer des gens et à rêver de mes futures destinations.

Il y a d’abord eu le choc culturel à Tokyo. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir, mon mois à Tokyo s’est enchaîné entre housesitting, rencontres, projets de boulot, découverte de la ville, Noël, etc. Les prémices étaient bien là, je ne vivais pas ce voyage comme j’avais vécu les autres, je n’étais pas aussi heureuse qu’avant, je me focalisais sur les détails négatifs, je devenais taciturne, agressive et négative. Je n’étais plus la « Lucie positive et heureuse » que j’avais toujours été et cela me dérangeait beaucoup. Les mails s’accumulaient dans ma boîte mail, le travail aussi, mais je n’arrivais pas à gérer, à ne pas procrastiner.

Il y a aussi eu mes problèmes de santé, qui m’ont fatiguée et déprimée (RDV médecin cette semaine, donc je devrais en savoir plus et en voir le bout très vite) et m’ont fait procrastiner encore plus. Je suis partie à Okinawa pour un mois et j’ai respiré un peu plus. Je suis tombée amoureuse des lieux, je me suis détendue, mais cela n’allait toujours pas à 100%. Je suis allée à Taiwan, je suis allée à Osaka et je n’étais toujours pas moi-même.

Il y a eu la fatigue, l’épuisement, l’incapacité à tout gérer et l’impression de me noyer sous tout cela.

Anatomie d'un burn-out du voyage: travail, nomadisme et voyage. J'ai frisé le burnout après trois ans et demi à voyager autour du monde

Je me suis énervée contre les problèmes du quotidien, contre ces voyageurs qui ne savaient pas faire leur valise ou dormir dans un dortoir sans faire de bruit, j’ai pleuré quand j’ai cassé mon ordinateur et mon appareil-photo dans la même journée et que mon compte en banque descendait plus vite que prévu, je me suis attristée de ne pas rencontrer de voyageurs aux longs cours, je me suis sentie seule et incomprise, j’ai passé beaucoup de temps dans le lit des auberges à manger du chocolat. Si j’adorais ce que je voyais et je découvrais, je préférais passer du temps avec des visages familiers que de rencontrer du monde, je préférais passer une journée pluvieuse dans un café à travailler, je préférais passer du temps dans la cabine de mon auberge de jeunesse à dormir. Certains matins, je devais me donner un coup de pied aux fesses mental pour me lever. J’étais toujours émerveillée par les découvertes que je faisais, mais si je ne me forçais pas, je serais restée au lit ou dans un café à travailler.

Et puis, pour la première fois, je n’étais pas triste de rentrer en France. J’étais soulagée de pouvoir retrouver un lit, un minimum de stabilité, du temps pour moi, de me reposer et de régler mes problèmes de santé. Et c’est là que j’ai vraiment compris que quelque chose ne tournait pas rond…

Est-ce que j’arrête de voyager?

Ne vous méprenez pas, je ne vais pas arrêter de voyager et le voyage est au cœur de ma vie, encore et toujours. Je rêve de nouvelles destinations, je brûle d’acheter des billets d’avion et de vivre de nouvelles expériences. Je me demande aussi comment je peux envisager d’être un mois en France, sans préparer au moins une escapade européenne. Mais je me force à ne rien acheter, à ne rien planifier, car j’ai besoin de repos.

Anatomie d'un burn-out du voyage: travail, nomadisme et voyage. J'ai frisé le burnout après trois ans et demi à voyager autour du monde

Je veux continuer à être nomade, je veux continuer à voyager tous les jours, je ne veux pas vivre en France ou en Europe, mon mode de vie est toujours mon mode de vie idéal. Heureusement, je n’ai pas eu le symptôme du burnout du voyage d’être blasée. Donnez moi une cascade, donnez moi une montagne, un nouveau plat, un musée ou que sais-je et je vais continuer à être émerveillée. J’ai beau avoir vu Iguazu et Niagara, toutes les cascades m’émerveillent et me surprennent. Aujourd’hui, je rêve d’Egypte, de Mexique, d’Alaska, d’auto-stop et de randonnées et cela ne s’arrêtera pas avant longtemps. Mais il est temps de ménager la machine, de voyager différemment et de ralentir. Si je ne devais pas travailler et gagner ma vie en même temps, je n’aurais pas à me poser de questions. Mais voyager et travailler en même temps est bien différent d’un simple voyage ou d’un tour du monde. Et c’est là où je dois vraiment apprendre à voyager différemment.

Alors, comment résoudre ce burnout? Clairement, ces quelques semaines en France et en Europe ne suffiront pas. Je n’ai pas trouvé de housesitting de longue durée au Japon et la seule manière où je pourrais continuer mon voyage au Japon, financièrement parlant, serait de faire du Couchsurfing, du Wwoofing et de l’auto-stop. J’adore ça et j’espère en faire à nouveau bientôt, mais cela ne correspond pas à ce que je souhaite faire aujourd’hui, car je veux développer le blog, je veux me concentrer sur mes projets d’écriture, je veux pouvoir économiser pour préparer de grands projets de voyage.

Les inconvénients de ma vie nomade

Depuis trois ans et demi, j’ai tout donné au voyage et au blogging et ce sont deux des choses qui me tiennent le plus à cœur actuellement. Mais j’ai l’impression d’être devenue une personne monomaniaque, alors que j’étais intéressée par des milliers de choses avant. Je veux recommencer à lire des heures sans m’arrêter, à aller au cinéma, à apprendre de nouvelles choses, à faire du sport de manière régulière, à savoir parler d’autre chose que de voyage, à cuisiner, à me concentrer sur ma santé… et l’on a beau dire, c’est compliqué lorsque l’on jongle entre travail et voyage au quotidien.

Je veux aussi pouvoir développer le blog et mon activité. J’ai des centaines de projets en tête, une dizaine d’idées de livres, mais je n’ai jamais le temps de vraiment m’y mettre, car je suis toujours en train de régler les urgences, de planifier la journée suivante et de visiter. Je veux pouvoir économiser un peu, donc gagner mieux ma vie et vivre dans un pays moins cher, pour pouvoir faire quelques folies de voyage!

Le côté stabilité émotionnelle est également compliqué. J’ai des amis très chers dans le monde entier, je rencontre du monde dans chaque nouvelle destination, mais les amitiés sont souvent superficielles, ne durent qu’une journée ou quelques jours et pas plus. A qui puis-je raconter mes doutes, mes petits bonheurs et mes peines au quotidien? A personne en général, à cause du décalage horaire, du manque de temps ou du wifi… Et je ne parle même pas de l’amour dans tout ça… Je ne sais même plus ce que c’est d’être dans une relation romantique normale, avec des activités normales et sans date de péremption, parce que je pars ou il part.

Je veux pouvoir accueillir des Couchsurfers, je veux pouvoir prêter un coin de canapé à de la famille et des amis de passage, alors qu’aujourd’hui, je ne sais pas que leur dire quand ils me demandent où je serais dans six mois pour venir me voir!

Je veux pouvoir continuer à voyager au quotidien, vivre dans un lieu dépaysant, organiser des week-ends, des semaines ou même un mois de voyage, tout en ayant une base, pour pouvoir revenir, me reposer, travailler efficacement et raconter tout cela à mes amis.

Et voilà conclusion de toute ma réflexion, j’ai besoin de plus de stabilité, non seulement pour développer mon blog et tous les projets que je veux mettre en place, pour avoir des amis plus stables, pour pouvoir faire attention à ma santé, pour me consacrer à autre chose que le voyage et me redéfinir comme personne, en dehors du voyage, pour pouvoir retrouver une stabilité financière et peut-être économiser pour de gros projets et rêves de voyage… Tout du moins pour les mois à venir. Est-ce ma nouvelle trentaine qui m’épuise déjà?

Kada, la vue sur la mer depuis l'onsen

Comment résoudre un burn-out de voyage?

Alors que faire? Je retourne en mai à Tokyo pour faire du housesitting et visiter de nouvelles choses et continuer à vivre ce PVT. Cependant, je sais que cela sera financièrement très compliqué et je ne sais pas si cela sera tenable. Je vais continuer à voyager lentement, en me concentrant sur un pays pour mieux connaître la culture et la langue. Mais je crois qu’il faut aussi que j’apprenne à ralentir à l’intérieur du pays en lui-même. Si mon voyage en Argentine était extraordinaire, ce rythme n’est pas tenable à vie. Cependant, le Japon est compliqué pour des questions financières et pour le choc culturel.

Mon idée actuelle est de rester jusqu’au mois d’août au Japon, puis de me trouver une base ailleurs pour quelques mois en Asie, qui répondrait à toutes mes attentes (argent, sociabilisation, climat, mode de vie, travail, milieu, voyages sur un week-end ou plus… je sais que les petits malins ont déjà deviné où, mais je me laisse le temps de réfléchir et un peu de suspense). Ce n’est qu’une idée et je suis toujours en pleine réflexion. Je me connais et je suis capable de changer d’avis dans quelques semaines. Pourtant, je me souviens qu’en Argentine déjà, je me disais que je devrais trouver une base où rencontrer des nomades… je ne me suis pas écoutée, je me suis retrouvée au Japon, où je n’ai rencontré ni nomade, ni voyageurs au long cours. Il serait temps de m’écouter un peu plus et de tester un autre mode de vie nomade, un nomadisme stable… l’oxymore parfait!

A suivre…

Anatomie d'un burn-out du voyage: travail, nomadisme et voyage. J'ai frisé le burnout après trois ans et demi à voyager autour du monde

Et vous, avez-vous déjà vécu un burnout du voyage? Comment l’avez-vous ressenti et comment l’avez-vous résolu?

Quelques articles à lire sur le sujet:

Démystification de la vie nomade, chez Vie Nomade
Nomadisme: avantages et inconvénients, chez Kalagan
Devenir digital nomade: 5 ennemis à gérer, chez Valiz Storiz

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