Je ne pensais pas revenir écrire sur ce blog en des temps si hostiles. Et pourtant, il me paraît essentiel de renouer le lien, de reprendre le contact et d’écrire, car c’est ce que je sais faire le mieux et parce que peut-être que mes mots apaiseront ou trouveront écho certain-es d’entre vous. Alors voici donc un opus de mon journal de confinement.

Je suis assisse à la fenêtre de ma chambre, alors que le soleil se couche peu à peu. J’ai pris l’habitude de faire cela tous les jours depuis le début du confinement. Je m’installe confortablement avec un oreiller et ma gourde, je mets de la musique pour couper le bruit de la télévision qui résonne et j’écris. Je regarde dehors aussi, j’observe, je contemple.

Dans le jardin de la voisin, il y a un buisson tout défraîchi qui n’a de fleurs jaunes qu’à son pied. De petits oiseaux viennent s’y poser et y pépier matins et soirs, pour ma plus grande joie. Au-delà, il y a un parking goudronné, où les filles du voisin viennent se dépenser tous les jours. Il y a un autre jardin, dont le portail reste désormais résolument fermé. Je vois d’autres maisons, quelques arbres, le parking où sont garées les camionettes jaunes de La Poste et je vois quelques voitures rouler. Les gendarmes viennent de passer, sans doute pour faire une ronde. Le ciel est bleu depuis le début du confinement officiel. Un gros bourdon vient bourdonner près de mon oreille. Un petit lézard s’affole et va se glisser sous les tuiles. Des fourmis dansent sur le rebord de la fenêtre. Je regardais par la fenêtre avant le confinement bien sûr, mais jamais aussi longtemps, jamais avec autant d’intensité, sauf quand les couchers du soleil embrasaient le ciel. Mon âme de voyageuse trouve du réconfort à regarder le monde et la nature.

Amatrice de vues à couper le souffle, ce n’est pas la plus belle vue du monde. Et pourtant, quand c’est notre seul lien avec l’extérieur, même le bitume peut paraître intéressant. Presque. Je suis surtout heureuse de voir le ciel, d’avoir un peu de verdure à me mettre sous l’oeil et de voir tous ces animaux vivre comme si de rien n’était. J’aimerais voir plus de chats, mais je crois qu’ils sont aussi confinés malheureusement 🙁

Je vais bien. Je suis confinée chez mon père en Charente-Maritime, depuis 6 jours officiellement, depuis 10 jours de mon propre gré. Je suis reconnaissante d’être ici, d’avoir un toit, d’être dans une petite maison avec un petit jardin, de voir le soleil, de ne pas être seule, d’avoir accès à ma bibliothèque, d’être en bonne santé, d’avoir mes amis et la famille au téléphone régulièrement, de savoir m’occuper et tromper l’ennui, d’être dans un pays avec un bon système de santé. Je suis aussi reconnaissante, que cela se soit passé maintenant et pas il y a un an, quand je vivais dans un petit studio en région parisienne. Que cela arrive maintenant, alors que je suis proche de ma famille, alors que je ne suis pas pour une fois sur les routes du monde et d’une manière un peu étrange, avant que je ne change de vie. Je suis reconnaissante aussi d’être encore en sabbatique pour deux mois, même si ce n’est évidemment pas comme cela que je l’envisageais. Et je suis tellement reconnaissante d’avoir fait une thérapie, d’avoir travaillé sur de nombreux sujets de développement personnel bien avant tout ça, de m’être désintoxiquée des réseaux sociaux, des informations, de la nourriture, des séries télé et de tout ce que j’utilisais pour ne pas ressentir mes émotions. Finalement, si cela devait arriver, c’est sans doute pour moi le meilleur moment, car je suis dans la meilleure santé physique et mentale que je n’ai jamais été, alors je suis reconnaissante. Reconnaissante, car pour le moment j’arrive à prendre les événements avec philosophie et positivité, malgré quelques moments d’anxiété.

Ne vous méprenez pas, je suis comme vous tous et toutes, affectée par cette situation, autant personnellement que professionnellement et l’avenir est désormais plus qu’incertain dans ces deux domaines, mais je choisis de me concentrer sur le positif, parce que je ne peux rien changer à la situation, parce que la peur et l’anxiété n’auraient pas d’utilité aujourd’hui et parce que je veux être une force positive, pour mon entourage, mais aussi dans ce que je crée, aujourd’hui et dans les mois à venir.

Il me restait donc deux mois de sabbatique. Pour être tout à fait honnête avec vous, j’avais réservé mes billets de train pour partir m’expatrier à la fin du mois de mars. Je m’apprêtais à chercher un appartement, prendre des cours, prendre un petit boulot et construire une nouvelle vie. Le coronavirus m’a coupée dans ma lancée. C’est décevant, mais c’est ce que c’est et je préfère être confinée ici, plutôt que seule dans un Airbnb dans un nouveau pays, sans pouvoir trouver de logement ou de travail, dans un pays qui ne saura peut-être pas gérer la crise. Je ne sais ce que sera l’avenir, si je pourrais/voudrais partir, si j’en aurai les moyens financiers, si je vais pouvoir trouver des missions ou du travail dans les milieux qui m’intéressent, si je ne vais pas devoir repartir de zéro, alors que j’avais si bien tout planifié, mais rien ne sert de jouer avec les « si ». Ils sont aussi inutiles que la peur et l’anxiété.

Il n’y a plus qu’à vivre au présent, accepter l’incertitude et l’inconnu, quelle qu’en soit la couleur. C’est une leçon que j’apprenais depuis plusieurs mois déjà et j’ai l’impression que c’est un test, comme une manière de vraiment lâcher prise, de vraiment vivre au présent et de profiter d’avoir le privilège et la capacité de le faire.

Je vous le disais dans mon dernier article, je n’ai plus envie de voyager, tout du moins du voyage pour le voyage, sans sens ou sans randonnée (chez moi, c’est presque synonyme maintenant!). Pourtant, ces derniers mois, j’ai sillonné la France et l’Europe, pour aller voir la famille et les amis, pour des raisons administratives, pour garder des chats, pour la santé et pour le travail. J’ai été fatiguée de mes longs voyages en train (et oui, je ne prends plus l’avion!), j’ai été fatiguée de trimballer mes affaires à travers toute la France, j’ai été fatiguée d’être nomade tout simplement. Mais j’ai aimé la lenteur, la douceur des voyages en train, le mouvement. Je choisissais toujours une fenêtre pour pouvoir voir le paysage et regarder le monde défiler sous mes yeux. Aujourd’hui, je suis encore assise à la fenêtre. Elle n’est pas mouvante comme dans un train. C’est le monde qui lui avance, grandit, s’éclot, voyage. Ce n’est plus moi. Les humains se font rare dans ce monde changeant, mais ce n’est pas pour me déplaire. Il va falloir s’habituer à cette position d’observatrice, plutôt qu’actrice. On va tous devoir s’y habituer. C’est vraiment dans ces moments-là qu’il faut cultiver son oeil voyageur et curieux, même si l’on voit le même lieu, jour après jour. Le ciel et la nature ne sont jamais les mêmes au quotidien. Alors il faut cultiver l’amour de l’observation des détails et des moments anodins, s’avoir s’émerveiller de la banalité et avoir une immense gratitude de pouvoir assister à ces moments, sans avoir autre chose à faire ou quelque part où aller. Apprécier d’être en vie tout simplement, à ce moment précis.

Inami, la ville du vent et du bois à Toyama - Préfecture de Toyama, porte d'entrée vers les Alpes Japonaises - Voyager au Japon hors des sentiers battus - Journal de confinement J6 - Une voyageuse au temps du Coronavirus

Peut-être qu’après des semaines ou des mois de confinement, j’aurais envie à nouveau de voyager. Peut-être pas. Mais je compte bien profiter de cette pause pour explorer encore plus ma paix intérieure et pour observer ce petit bout de monde que j’ai la chance de voir, jusqu’à en connaître chaque tuile, chaque bout de bitume, chaque oiseau, chaque buisson.

Si vous aviez prévu de voyager dans les semaines à venir et que vous vous trouvez bloqué dans vos plans, je ne peux que vous inviter à profiter de ce moment d’introspection, à reporter votre voyage et à tenter de voir le positif dans la situation. Il y a toujours deux faces sur une même pièce. Peut-être est-ce aussi le bon moment pour reconsidérer sa manière de voyager et de vivre et intégrer beaucoup plus la mouvance du slow travel et de la slow life dans son quotidien. A courir dans tous les sens, à voyager ici et là-bas en même temps, à enchaîner des vols dans une même année ou dans un même mois, on en oublie l’essentiel, on oublie même parfois qui l’on est vraiment. Et ce moment précieux, de silence, de vide et d’immobilité appellera peut-être à quelques réflexions, à savoir où l’on veut vraiment voyager, qu’est-ce qui est vraiment important, quel sens l’on veut donner à notre vie et nos voyages et ce que l’on veut apporter dans le monde…

Pour ma part, je ne peux plus marcher. Je ne peux plus prendre le train. Je ne peux pas m’expatrier. Mais je suis heureuse et reconnaissante d’avoir une fenêtre et de pouvoir observer le monde depuis celle-ci. Je me réjouis de prendre le train à nouveau un jour, de marcher des kilomètres, de m’immerger dans une nouvelle culture. Mais en attendant, je reste chez moi et j’écris. Ce journal de confinement et d’autres choses. On fera le bilan quand on sera de l’autre côté, mais je suis certaine, que malgré la douleur, l’horreur et le tragique, on tirera des leçons de manière individuelle et collective. Malheureusement ou heureusement, la vie n’est pas constituée à 100% de positif, c’est même plutôt un mélange de bonheurs et de malheurs, l’un existant pour pouvoir apprécier l’autre et inversement.

J’espère que vous allez tous et toutes bien, ainsi que votre entourage. J’envoie toutes mes pensées aux personnes malades et atteintes par cette crise d’une manière ou d’une autre et j’envoie toutes mes pensées et ma reconnaissance à ceux qui doivent encore sortir travailler pour s’occuper de nos malades ou faire tourner la société. Si vous en avez besoin, n’hésitez pas à m’écrire en commentaire ou sur la page de contact, pour partager vos émotions ou votre histoire. Il n’y a pas de jugement, de négativité ou de comparaison. Nous avons tous et toutes une perspective différente en fonction de notre histoire ou de notre situation de vie et il est très important de se soutenir mutuellement et d’être empathique pour traverser cette crise ensemble. Alors n’hésitez pas, vraiment, ce sera un grand plaisir d’échanger sur le sujet ou sur quelque chose qui n’a rien à voir 🙂

J’ai créé il y a quelques mois un nouveau blog et mon premier article traite de Santé mentale et de confinement si vous souhaitez aller le découvrir. Le blog s’appelle Enough et traitera de tous les sujets qui me tiennent à coeur et qui n’ont pas leur place ici, sans prétention: écologie, féminisme, écriture, psychologie, développement personnel, réflexions personnelles, etc. Pour en savoir plus sur le concept, c’est par ici!

Vous pouvez d’ailleurs y retrouver tous les jours mon Journal de confinement, à l’exception de cet épisode:

Journal de confinement

Voici les précédentes éditions et les suivantes de ce journal de confinement. Il contient des réflexions diverses sous différents formats. Bonne lecture!

J1 – Santé mentale et confinement: quelques idées et réflexions pour préserver sa santé mentale.
J2 – Ode à la marche
J3 – Les Fantômes du passé
J4 – La peur
J5 – Silence
J6 – Etre une voyageuse au temps du Coronavirus
J7 – La vie continue, life goes on

Bon courage à toutes et à tous, bon confinement et prenez soin de vous.

Amicalement,

Lucie

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